Histoire : Récit de stage: été 1954
Un stage mémorable
Le 16 Août 1954 débarquaient du “Ville d’Ajaccio” une vingtaine d’étudiants de Sciences Nat. à la Fac des Sciences de Marseille.
Le stage, axé (pour la première fois en France ?), sur la biologie marine, avait été conçu par notre aîné regretté, le Professeur Roger MOLINIER, alors assistant, et dont les travaux sur la Corse font autorité.
Le Col de Teghime franchi dans un autobus brinquebalant nous arrivons: imaginez Saint Florent, petit port encore calme et sans touristes. Quelques barques à peine, sur une eau d'une pureté incroyable, les "Vauriens" du Centre apportant une touche de modernité.
Coup de foudre de la Citadelle et surtout de l'équipe du Centre : Henri CHENEVEE, colosse, traits burinés, voix à péter les murs, Jean Pierre SOUQUET, lutin gouailleur, TOURNON dit "Nimbus", génial touche à tout bricoleur, Jeannie THILLARD, scientifique mordue de voile, NONOTTE, maîtresse de maison discrète et active, tous (mais comment les citer tous ?) créaient une ambiance décoiffante comme je n'en ai jamais connu de semblable!

Le stage d'août 1954, à la Citadelle
On dormait, les garçons dans la Citadelle, les filles dans des chambres aux murs ornés des fresques géniales (ah! l'ivresse de la Zote!) de MOAL LIC (Qu'en reste t il ?). La bouffe était bonne, plus abondante que gastronomique, (parfaite pour nos estomacs de vingt ans!), et le Patrimonio faisait glisser tout ça. Quand aux "besoins" ...ils se réglaient accroupi sur une planche dans des feuillées creusées dans l'arrière cour et qu'il fallait combler après le stage (gare aux éclaboussures !).
Le matériel de plongée était rudimentaire : compresseur dont les pétarades rythmaient nos jours (oh!, la surveillance pendant les repas, l'assiette sur les genoux pendant que les copains hurlaient de rire dans le réfectoire !). Des blocs Spiro ( mono et bi bouteilles alu de 5l gonflés à 150 kilos), à réserve inopérante avec détendeurs CG47 (Le "Mistral" ne sera mis en service que deux ans après !), et quelques blocs "Poumondeau", création oubliée de Georges HERAIL , Toulousain, mort en plongée quelques années plus tard. Ces engins, très soignés, avaient un détendeur affreusement dur (seul, CHENEVEE, avec son énorme coffre, arrivait à utiliser le bibouteille) solidaire d'un beau carénage alu peint en bleu, muni de bouteilles d'acier sans réserve. Enfin un narguilé surnommé le "Nimbuscaphe": une chambre à air portait, sur deux planchettes, un compresseur de pistolet à peinture mu par un moteur de Mobylette fatigué. Trente mètres de tuyau aboutissaient sans détendeur, à un énorme masque rond Le PRIEUR des années 30, englobant le visage et faisant accordéon à chaque respiration...
L'équipement était de la même veine : pas d'habits (les vieux pull-overs bien graisseux étaient le must !), pas de stabs bien sur, même les "Fenzy" n'existaient pas encore ; une ou deux montres étanches pour tout le stage, quelques profondimètres et lampes "Spiro" en laiton chromé, de bons masques "Squale". Nos palmes "Champion" noires paraîtraient bien courtes et surtout bien molles à un plongeur actuel.
Très vite nous sommes en mer: Ah! chère "Hélène Andrée" !, ancien canot de sauvetage d'Ajaccio reconverti, superbe bête de mer malgré ses moteurs fatigués. Groupés en équipes nous alternons voile sur les "Vauriens" et plongée : d'abord masque et palmes puis initiation au "nimbuscaphe"(aïe, mes sinus!), puis enfin aux bouteilles jusqu' à trente mètres cette année là. En tout une quinzaine de plongées, bien courtes (un 5 litres à 150kg, ça fait peu à 20 mètres !).
Les voiliers, étaient plus favorisés, mais, peu sensible aux joies des drisses j'avais changé mon tour contre un tour de plongée..
Enfin ce fut , bien trop tôt, le retour sur Marseille, riches de plans d'avenir...
Malgré quarante neuf ans de plongées je garde le souvenir d' eaux limpides, poissonneuses, encore riches en vestiges archéologiques, ainsi que des fabuleuses déconnantes autour de la grande table du réfectoire, la voix de CHENEVEE tonitruant "La boiteuse" ou "allons à Messine".!..
Bref c'était le bonheur, et nous avions vingt ans...
Jacques Laborel, 2002.
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